Navigateur et écrivain, Bernard Moitessier est un mythe. Sa vie, sa liberté et ses récits inspirent encore aujourd’hui des centaines de marins, de pacifistes, d’écologistes, d’humanistes. Il aurait eu 100 ans le 10 avril 2025.

Le but de ma vie était d’atteindre ma vitesse de libération.

Bernard Moitessier

Né en 1925 à Hanoï, fils de commerçants, Bernard Moitessier passe son enfance et son adolescence avec des pêcheurs vietnamiens. Prisonnier des Japonais avec sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale, puis engagé comme matelot-interprète à la Libération, il développe durant cette période une aversion de la violence et des armes.

Un drame familial renforce cette aversion, et marque le début de réflexion sur l’alliance à entretenir avec soi-même, avec l’humanité et avec la nature. En 1951, avec un ami, il réalise un premier périple à la voile qui le mène de Saïgon en Indonésie. Dans les années qui suivent, il entreprend de nombreuses traversées sur des voiliers qu’il conçoit ou améliore lui-même, innovant à chaque étape. Remarqué par son style de vie, sa résilience, ses amis le poussent à écrire.

Soif de liberté, éloge de la lenteur

En 1960 paraît Vagabond des mers du sud. Moitessier devient une incarnation de l’homme libre, réalisant ses rêves. Il conçoit par la suite son navire fétiche, Joshua. Il s’engage en 1968 dans la première course en solitaire, est en tête, mais décide de poursuivre sa route sans passer la ligne d’arrivée. Il navigue pendant 300 jours, puis publie la Longue route, dont les droits d’auteurs sont offerts à l’association Les Amis de la Terre et au Vatican.

Mais ce n’est pas le goût de l’exploit, du record, qui anime le marin. Il est heureux en mer. Moitessier aura plusieurs bateaux (Snark, Marie-Thérèse I et II, Joshua, Tamata) et inspirera des générations de marins et de militants associatifs. Dans son livre testament, Tamata et l’Alliance, il partage sa philosophie faite de méditation et d’action. Il ne s’agit pas de dompter ou d’affronter les dragons qui nous entourent, il s’agit d’apprendre à naviguer à leurs côtés. Il s’agit de respecter l’accord intime que l’on passe avec soi-même, et avec l’univers.


Le site de Bernard Moitessier créé par sa famille


Articles parus dans la Lettre des Amis

Joshua, cinquante ans d’histoire, n° 65, automne 2012

  • L’homme de la longue route. Cliquez ici
  • Moitessier le vagabond, article de Jean-Yves Gallet. Cliquez ici.
  • La construction de Joshua, article d’Antoine Martin. Cliquez ici.
  • Joshua au Musée, une histoire d’amitié, article d’Yves Gaubert. Cliquez ici.

La Lettre des Amis n° 96, été 2022, 60 ans de Joshua. Cliquez ici


Bibliographie

  • Cliquez sur les triangles pour en savoir plus
La Longue Route, seul entre mers et ciels…, Arthaud, dernière édition 2011, préface de Gérard Janichon.

Bernard Moitessier a acquis une renommée internationale après son tour du monde et demi en solitaire, en 1968-1969, à la suite duquel il publie La Longue Route, sans doute le livre le plus emblématique, qui fut traduit en plusieurs langues. Un chant, un poème à la mer, où l’homme, son bateau et les éléments se pénètrent et vibrent à l’unisson.

Vagabond des mers du Sud, Arthaud, dernière édition 2011, préface Véronique Lerebours.

Lorsque Bernard Moitessier quitte une première fois l’Indochine à bord du Snark, un ketch dévoré par les tarets, puis une seconde fois, en solitaire, à bord de Marie-Thérèse, une jonque aux formes harmonieuses, c’est dans des conditions de précarité propres à effrayer les plus téméraires. Pourtant il affronte la mousson pendant quatre-vingt-cinq jours consécutifs, avant de faire naufrage aux îles Chagos. Il sauve sa vie, mais son bateau, toute sa fortune, a sombré.

Cap Horn à la voile, 14 216 milles sans escale, Flammarion, Collection Classiques Arthaud, dernière édition 2013.

14 216 milles en 126 jours, en 1966, il s’agit de la plus longue traversée sans escale jamais effectuée par un yacht. Ce fameux yacht n’est pourtant qu’un petit bateau de 13 tonnes, sans moteur, baptisé Joshua en l’honneur du grand marin Joshua Slocum. Du Pacifique à l’Atlantique, la route la plus rapide est celle qui passe par le cap Horn et qui oblige à affronter les eaux puissantes et les tempêtes des hautes latitudes. Bernard Moitessier et sa femme, mèneront Joshua à bon port après avoir réalisé un tour du monde express les menant de la France jusqu’à la Polynésie avec un retour via les côtes acérées de la Terre de Feu.

Voile, mers lointaines, îles et lagons, Flammarion  collection classique Arthaud, 3ème édition 2015.

« Je voudrais maintenant écrire un bouquin technique sur la mer, les bateaux, la vie de Robinson, mais en trois dimensions. » Tel était le souhait de Bernard Moitessier une fois achevée l’écriture de Tamata et l’Alliance en août 1993, en Polynésie.

Tamata et l’Alliance, Flammarion, Collection Classiques Arthaud, dernière édition 2012.

Tamata et l’Alliance » est le récit de l’aventure d’une vie. Sous le regard attentif des dieux de son Asie natale, Bernard Moitessier nous emmène d’abord à travers une jeunesse magique passée en Indochine. Dans son village du golfe de Siam qui a laissé en lui une empreinte indélébile, il entend pour la première fois l’appel de la mer. Puis vient une guerre fratricide entre Français et Vietnamiens, le déchirement, le départ du pays de ses racines vers l’immense horizon avec sa jonque Marie-Thérèse.


Jean-Alain Berlaud a « lu pour vous » Tamata et l’Alliance


Playlist de vidéos sur notre chaîne YouTube

L’émission Thalassa, des vidéos des Amis, une interview de son épouse au Bono, la restauration de Joshua,… cliquez sur l’image.


En bonus… trois pépites de l’INA et une de la Radio Télévision Suisse


L’exposition Joshua, bateau de légende

L’illustrateur et scénographe rochelais Gilbert Maurel fait partie de l’équipe fondatrice du Musée maritime aux côtés de Patrick Schnepp en 1988. À l’occasion de l’exposition hommage consacrée à Bernard Moitessier, en 2005, il compose une carte de La Longue Route de Moitessier, dont les dessins sont entrés dans les collections du Musée maritime en 2025.

2025, centenaire de la naissance de Moitessier

Cette année marque le centenaire de la naissance de Bernard Moitessier (1925-1994). Ce grand marin est à tout jamais associé à son ketch rouge, Joshua, un bateau devenu mythique, aujourd’hui propriété du Musée maritime de La Rochelle et classé Monument historique.
Navigateur, mais aussi écrivain de mer, Moitessier est le premier homme à avoir accompli un tour du monde et demi sur les mers du globe, en 1968-1969, sans escale, sans aide extérieure, et en solitaire. Avec comme seul instrument un sextant pour s’orienter, il double les trois caps, Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn, avant de rejoindre Papeete. C’est, à l’époque, le plus long voyage en solitaire – 37 455 milles sans toucher terre -, dix mois seul entre mer et ciel, à l’unisson avec la nature, les dauphins et les mouettes. Il relate cette histoire dans La longue route (Paris, Arthaud, 1971), où les grands calmes ensoleillés succèdent aux coups de vents. Il fera rêver des milliers de terriens et inspirera un grand nombre de navigateurs en herbe qui partiront, eux aussi, à la rencontre des aurores australes, des vagues-pyramides émeraude ou des déferlantes neigeuses. Pour y gagner sûrement leur liberté, à l’image du grand homme, à la recherche d’une paix intérieure durable.

Je continue jusqu’aux îles du Pacifique parce que je suis bien en mer et peut-être aussi pour sauver mon âme.

Bernard Moitessier

Gilbert Maurel, illustrateur généreux

C’est cette circumnavigation historique que va superbement illustrer Gilbert Maurel à l’occasion de l’exposition du Musée maritime « Bernard Moitessier, homme Libre » qui sera présentée en 2004 dans l’Encan, puis à bord de France 1 en 2005. Il réalise quelques dessins inspirés par La longue route, se plonge dans l’abondante documentation photographique de l’époque, de l’homme et de son bateau rouge, pour être le plus fidèle possible. Enfin, il assemble le tout sur un fond de carte qui sera numérisé et imprimé dans un format de plus de deux mètres de long avant d’être accroché durant 20 ans dans les espaces d’exposition du France 1.

Gilbert Maurel demeure l’un des moins connus, ou peut-être l’un des plus modestes.

Grâce au don de Gilbert Maurel, cette année, le Musée maritime entre dans ses collections 5 dessins originaux qui ont servi à composer cette grande carte du monde.
Dans la longue série des illustrateurs de la marine à voile, comme Louis Le Breton par exemple, ou bien, plus récemment, dans la lignée d’un Albert Brenet ou d’un Marc-Pierre Berthier, tous deux peintres officiels de la Marine, Gilbert Maurel demeure l’un des moins connus, ou peut-être l’un des plus modestes. Et pourtant, il sait de quoi il parle. À l’encre de Chine ou au crayon, rehaussé d’aquarelle, son dessin est précis, ses mers sont formées, les bateaux sont malmenés par la tempête ou passent sereinement le goulet de Brest.
Mais lorsqu’il s’attaque à un récit, comme La Longue Route de Moitessier, son trait non seulement accompagne fidèlement la (longue) route empruntée par Joshua, mais fait revivre aussi un homme à jamais entré dans la légende.

Gilbert Maurel

Gilbert Maurel est né à Nice en 1950. Après avoir travaillé pour la publicité, il se lance dans l’illustration de récits et de romans classiques consacrés à la mer, notamment pour Gallimard. Curieux, fasciné par la mer, il part vivre des aventures en milieux périlleux, sur des plateformes pétrolières, de la mer du Nord à l’Océan Indien. Puis il pose définitivement ses valises à La Rochelle où il accompagne le Musée maritime dans tous ses supports de communication et d’exposition.

Pour aller plus loin

  • L’Hermione, une frégate pour la liberté, de Francis Latreille et Yves Gaubert, illustrations de Gilbert Maurel, éditions Gallimard, 2013.
  • François, gabier de misaine ou La vie d’un mousse sur un trois-mâts barque, albums Gallimard Jeunesse, éditions Gallimard, 1985.

Dessins originaux de Gilbert Maurel (reproduction interdite)

© Musée maritime/Gilbert Maurel