Monsieur Durand Couppel de Saint-Front, dit Marin-Marie, a traversé le vingtième siècle de bout en bout de 1901 à 1987. Sa carrière maritime aura été riche des mille péripéties, aventures, gloires et drames de son époque.

Une vie d’aventure

À chaque période de la vie de Marin-Marie correspond un moment fort de l’histoire maritime de son siècle.

Peinture de Marin-Marie de 1937, représenant Le Français du commandant Charcot dans les glaces.

Spectateur ou acteur, celui-ci aura vécu, tour à tour, la fin des grands voiliers cap‑horniers, l’aventure polaire de J.Charcot, la toute première transatlantique en solitaire d’Alain Gerbault, la Marine en guerre, la gloire et le déclin des paquebots.
Du dessin des cheminées du liner Normandie, en passant par son double record transatlantique à la voile, puis au moteur, Marin-Marie par ses multiples talents, aura marqué cette histoire maritime. Il l’aura contée dans ses livres, enfin, il l’aura merveilleusement illustrée dans son œuvre peinte. C’est cette dernière que j’évoque ici…

Du dessin des cheminées du liner Normandie, en passant par son double record transatlantique à la voile, puis au moteur, Marin-Marie par ses multiples talents, aura marqué cette histoire maritime. Il l’aura contée dans ses livres, enfin, il l’aura merveilleusement illustrée dans son œuvre peinte. C’est cette dernière que j’évoque ici…

Un grand aquarelliste sensible

Élève de Daubé jusqu’en 1919, Marin-Marie fut un incomparable peintre de mer à l’eau, ou si vous voulez un peintre à l’eau de mer, il n’a travaillé l’huile qu’à de rares moments pour peindre des grands formats.

C’était d’abord un aquarelliste, mais qui ne s’embarrassait pas trop de l’orthodoxie liée à cette technique, qui veut que les lumières soient traitées uniquement par la réserve du blanc du papier, d’où l’appellation dans beaucoup de ses œuvres : « d’aquarelle gouachée ». Marin travaillait sur papier, alternant aquarelle et gouache dans une même œuvre, d’un geste magistral, d’une touche large et instantanée

Cette spontanéité ne souffrant pas de reprise conférait à ses ciels et ses mers une transparence et une puissance inimitable. Comparé à Albert Brenet, autre grand peintre de la marine, Marin-Marie n’a pas été très prolifique, cela tient au fait qu’il a passé beaucoup de temps en mer, sur les bâtiments de la Royale ou sur ses propres bateaux. De plus, Marin était souvent insatisfait de sa peinture, il lavait à grand coup d’éponges une mauvaise ébauche, n’hésitant pas à la déchirer ou bien encore la laissant inachevée dans des cartons.

Un navigateur

Ce qui fait la spécificité de son œuvre, son caractère unique, l’archétype du peintre de marine, c’est que l’on ne peut dissocier, laquelle des deux facettes de l’homme a pris le pas sur l’autre : le navigateur ou le peintre. La qualité de son œuvre réside dans l’osmose et la parfaite imbrication de ses deux traits de génie. Toute sa vie ne sera qu’une suite de longs bords tirés, tantôt vers la peinture, tantôt vers la navigation.

Tableau de Marin-Marie représentant le Wilk, sous-marin mouilleur de mines polonais en 1931. Au fond un grand voilier
Marin-Marie, le Wilk,1931, Musée historique du Havre.© Adagp, Paris, 2025

Parmi ses contemporains : Albert Brenet, Roger Chapelet, Haffner, Signac ou l’anglais Montague Dawson, ont été aussi de grands peintres de la marine, mais aucun n’a été un grand navigateur. Aucun d’eux n’a cumulé une telle somme d’expériences maritimes1.

Des marines impressionnistes

Ce manque se traduit dans leurs peintures, par une moindre fluidité de leur représentation de la houle, une absence de fugacité, une retenue dans la traduction de l’infinie mouvance de la mer, une somme de petits détails, de nuances, décelables seulement par les gens de mer, mais qui font pourtant toute la différence entre leurs peintures et la sienne, entre eux et lui.

De tout temps, des peintres célèbres se sont attachés à peindre la mer, les bateaux, les ports. Depuis 1830, date de création de l’actuel corps des Peintres officiels de la marine et avant eux les Peintres de la marine du Roy, de magnifiques œuvres ont vu le jour, des générations de peintres talentueux, se sont succédé. Mais à l’instar de Monet, Renoir, et autre Manet dont le courant impressionniste révolutionne l’art pictural du XIXe siècle, on peut soutenir qu’il y ait eu, en deux siècles de peinture de marine, un avant et un après Marin Marie.

Le monde maritime dans tous ses états

En effet, Marin a peint le monde maritime dans tous ses états : la vie en mer, comme celle des ports, les fureurs océaniques, comme les calmes blancs, les derniers trois-mâts comme les transatlantiques, il a peint son équipée avec J. Charcot sur le Pourquoi Pas ?, les combats de la Royale à Mers el-Kebir ou à Dakar.

Il a peint la marine de pêche comme de commerce, il peint son Ariel, son Winibelle, et bien sûr, il a peint maintes et maintes fois son cher archipel de Chausey2.


Marin a été de ces très rares peintres de Marine à être capable de restituer dans toute son intensité, son mouvement, ses teintes : la houle, le grand large, le ciel. Il a su mieux qu’aucun autre faire gîter, vibrer, souffrir, ses navires au milieu de ses toiles.

  1. Pour une bibliographie détaillée, cf. ici ↩︎
  2. Catalogue de son œuvre ↩︎

Bibliographie