Photographie extraite de la couverture du livre
- Auteur : Anita Conti
- Genre : récit/gens de mer
- Éditeur : Hoëbeke
- Disponible à la bibliothèque des Amis : oui
En 1952, Anita Conti s’embarque pour 5 mois comme scientifique océanographe et photographe sur un chalutier morutier de Fécamp en pêche sur les grands bancs de Terre-Neuve jusqu’au Groenland. Elle témoigne du « Grand métier », la vie dure d’un équipage de 60 marins dans des conditions extrêmes. Elle fut une pionnière de l’écologie marine, à s’inquiéter de la surpêche et du risque d’épuisement de la ressource. Récit vivant, parfois poétique malgré la vie brutale et rustre qu’il décrit, toujours emprunt d’humanité et de respect.
Ces « racleurs d’océans » ruisselants de sang, ivres de la joie du pillage, qui exultent en chargeant les cales de leur butin, dont on se dit, en refermant le livre, qu’ils n’ont sans doute pas changé depuis les Vikings.
Pourquoi j’ai aimé ce livre.
Par Jean-Alain Berlaud – En abordant ce genre de récit, racontant cinq mois de mer sur un navire en pêche, on s’attend à découvrir un documentaire. Tous les ingrédients y sont : un milieu sauvage voire hostile, des hommes qui vivent un rude métier hors du commun, une technicité inconnue du plus grand nombre.
Mais cela va bien au-delà, on vit une aventure, avec ses drames possibles, il y a même du suspense ! Et puis on se glisse dans la peau de l’auteur, on a froid, on a faim, peur parfois aussi.
On se prend, avec Anita Conti, à aimer ces marins ; on les admire, on comprend ce qui les anime et les fait supporter de telles conditions de travail. On comprend le courage, la solidarité, la confiance, le respect. Une belle leçon d’humanité.
Ce livre fait aussi réfléchir : les ressources des océans s’épuisent, sujet toujours d’actualité, plus de 70 ans après qu’Anita Conti a lancé l’alerte !
Résumé
Embarquée comme photographe et scientifique océanographe, elle a pour mission la cartographie des zones de pêche et leur salinité ainsi que l’identification des espèces. Anita Conti, malgré le privilège de disposer d’une cabine privée, très spartiate, partage la vie inconfortable et dure des 60 marins du bord : elle supporte sans se plaindre la violence des mouvements du bateau, le bruit de tous les apparaux de pêche, l’humidité permanente, le froid pénétrant, la vue et l’odeur du sang et des tripes des tonnes de poissons éventrés. Discrète dans cet environnement brutal, elle se fait accepter par l’équipage, s’adaptant aux horaires imprévisibles des repas , décidés par le patron de pêche en fonction de l’urgence de la manœuvre du chalut et du traitement du poisson. La photographie n’étant pas sa seule motivation à bord, elle note et identifie les espèces capturées, s’alarmant du gaspillage des poissons rejetés par-dessus bord, de taille trop petite, ou simplement d’une espèce différente de la morue, seul poisson traité et conservé grâce aux 750 tonnes de sel embarquées dans la cale.
Des hommes ? Non, pas tout à fait. Des êtres privés de leurs familles, des corps empaquetés de vêtements qui n’ont plus de visible que des mains et des visages et, dans les visages quand il fait grand froid, ne vivent vraiment que leurs yeux. Alors ces hommes ne sont plus que des gestes et des regards, leurs âmes sont ailleurs.
Baptisée « La Dame de la mer », elle décrit avec humanité, admiration et respect le quotidien des marins, devinant dans les regards et l’économie des mots échangés à bord le rôle et le comportement de chacun : capitaine, second, mécanicien, radio, matelot de pont, saleur, mousse, cuistot. Elle s’attache à utiliser le vocabulaire précis de tout ce qui touche au mécanisme du chalut, au matériel pour traiter à la chaîne le poisson dans les parcs sitôt le cul de chalut viré sur le pont et à décrire chaque poste de travail du navire-usine. Le retour à terre est décidé par l’armateur et le capitaine, seulement lorsque la cale est jugée suffisamment pleine et rentable, soit plus de 1000 tonnes de filets de morue salée.
Anita Conti
Née en 1899, Anita Conti se spécialise dans la reliure d’art puis se passionne pour l’océanographie. Missionnée par L’Office Scientifique des Pêches Maritimes, futur IFREMER, elle intègre les équipages des harenguiers de la mer du Nord. En 1939, elle embarque sur un morutier pour une campagne de 100 jours en Mer de Barents et au Spitzberg. Au début de la 2ᵉ guerre mondiale, elle s’embarque à bord de chalutiers réquisitionnés par la Marine nationale pour draguer les mines en Manche et en mer du Nord. Pendant l’occupation, au Sénégal, elle accompagne les pêcheurs africains et implante des stations de séchage et de conservation du poisson. Elle crée aussi des fermes aquacoles pour améliorer l’apport en protéines pour les populations en sous-nutrition. En 1952 : la campagne de pêche sur le Bois Rosé. Elle décède le 25 décembre 1997 à Douarnenez.
Bibliographie
- Géants des mers chaudes*, Racleurs d’océans*, Le carnet Viking, Anita Conti, photographe.
- Film à visionner sur le site de la Cinémathèque de Bretagne.
*Ouvrages disponibles à la bibliothèque des Amis
Édition originale disponible à la bibliothèque des Amis
Édition disponible chez l’éditeur actuel


