Éditorial d’Isabelle Autissier, dans Joshua, cinquante ans d’histoire,
Lettre des Amis n° 65, automne 2012
C’est à coup sûr le premier livre de mer dont je me souvienne. D’abord, parce qu’il était bien écrit, dans une langue tout en lyrisme et conviction. Ensuite, parce que Moitessier y disait simplement combien il est facile et bon de partir ; facile, car avec deux bonnes mains et une tête, il est moins besoin d’argent ; bon, parce que la vie n’est pas forcément répétition des modèles anciens et qu’il y a place pour des chemins de traverse.
J’en étais arrivée à la conclusion logique :
Quand je serai grande, je ferai le tour du monde…
Joshua était donc naturellement le bateau mythe et modèle. Au fil des pages, j’avais scrupuleusement noté les formes, les trucs et les astuces du célèbre bateau ; voiles divisées pour être plus maniables, bulle en plexi pour barrer dans le gros temps ; et le moindre de mes rêves m’emportait souvent sur une coque rouge tranchant sur le sombre de la houle du Grand Sud.
J’avoue que quand, des années plus tard, je l’ai aperçu pour de bon au Musée maritime, il m’a paru petit, presque étriqué avec ses formes arrière vieillottes, comme si je rencontrais James Dean en grand-père. En m’approchant, pourtant, j’ai reconnu les mille rides que donne la vie bien vécue aux belles personnes, les petites bosses, les bricolages qui témoignent des milliers de milles accomplis et qui disent que les rêves sont faits pour se réaliser.

