Article d’Alain Barrès, paru dans l’Édition anniversaire des 40 ans
…C’est aussi donner du sens à la collection.
Pour notre collection, nous avons choisi de respecter la tradition qui veut que les hommes et les bateaux gardent leur nom toute leur existence. Ainsi, tous les marins connaissent Jolie Brise, célèbre vainqueur du Fastnet, malgré plusieurs changements d’armateurs et de pavillons. Cette tradition vaut également pour les bateaux armés pour la guerre.
Nos voisins britanniques, avec beaucoup d’élégance, conservèrent généralement le nom des bateaux dont ils se sont emparés. Souvent des français ! Plus la conquête a été difficile, plus le trophée est devenu précieux ! C’est, par exemple, le cas du Téméraire1.

Quand un de nos bateaux n’avait pas ou plus de nom, nous lui en avons trouvé un, si possible en rapport avec son année de construction.
Ainsi notre Moth, mis à l’eau en 1945, est devenu Bikini, allusion à l’atoll sur lequel les américains ont essayé leur détestable bombe2 et, plus drôle, en référence à un célèbre vêtement minimum3.
Le Moth Lili Marlène est un cas d’école. La chanson pacifiste, mais désespérée, commence à être fredonnée par les soldats pendant la première guerre. Elle réapparaît en 1943 dans la bouche des soldats de la seconde et devient le signal des combattants épuisés des deux côtés du front4. Voilà des raisons bien suffisantes pour baptiser notre petit Moth, et profiter de la célébrité de la divine Marlene Dietrich.

au Musée maritime. Ph. les Amis
- Le Téméraire a été capturé par les anglais à la bataille de Lagos (Guerre de sept ans, 1756-1763) . Plus de détail. ↩︎
- L’atoll commence à servir à des essais nucléaires à partir de 1946, après la capitulation du Japon. ↩︎
- Et en 1946, le Français Louis Réard lance ce tout, tout petit maillot deux pièces vendu dans une boîte d’allumettes et commercialisé avec le slogan : « Le bikini, la première bombe anatomique ! ». Ce qui fit un certain scandale…à double titre. ↩︎
- Le poème écrit en 1915 a été publié tardivement et mis en musique en 1937. La version de 1938 chantée par Lale Andersen, diffusée la radio allemande de Belgrade lance son succès auprès des soldats allemands et bientôt également auprès de toutes les unités des alliés. Suzi Solidor présente une version française dès 1942. En 1946, Marlene Dietrich qui accompagne les troupes américaines, la chante tantôt en anglais, tantôt en allemand. ↩︎
