J’ai rencontré le bateau et son équipage pendant l’hiver 1983-1984. Jean-Pierre Desprès (que ses amis n’appelaient pas encore Pépo) et son épouse Pitchoune, leur fils Fabien et leur ami Philippe Bret arrivaient de Dunkerque. Ils venaient de passer sept ans à restaurer le voilier et avaient décidé de faire de La Rochelle leur port d’attache.

Jean-Pierre Desprès et son épouse Pitchoune
Jean-Pierre Desprès et son épouse Pitchoune, Ph. NDDF

Un bateau de pêche sauvegardé…

Ancien harenguier de la mer du Nord, NDDF (c’est plus rapide) était abandonné et à moitié coulé dans le port de Dunkerque quand les trois amis l’ont racheté pour une bouchée de pain. Jean-Pierre a plongé en apnée pour étanchéifier la coque et après de nombreuses tentatives, ils ont réussi à la renflouer et à entreprendre sa remise en état. Ce bateau de pêche dont les plans dataient de 1910 a vu sa construction commencer en 1942 et finir en 1947 à cause de la guerre. D’une coque de voilier, ses propriétaires en ont fait un bateau à moteur. Ils ont pratiqué le chalutage côtier en mer du Nord jusqu’aux années 70 avant que le navire ne soit désarmé et coulé.

En vue de voyages au long cours

Le nouvel équipage du ketch lui rend son aspect de 1910 tout en ajoutant un roof adapté aux navigations prévues, le voyage au long cours.

À partir de là, le bateau entame une carrière de plus de 40 ans qui va le mener sur toutes les mers du globe et il continue aujourd’hui.

Des milliers de milles parcourus

À côté des centaines de milliers de milles parcourus par NDDF, les sillages de Joshua et Damien sont relativement modestes… Le voilier a participé à toutes les grandes fêtes maritimes en France, en Hollande, aux États-Unis, au Québec, en Islande, à Hong Kong, à Vancouver, et bien sûr Brest et Douarnenez. Il a navigué avec les grands voiliers de la Cutty Sark, notamment en Écosse et en Norvège en 1993. En France, il a été présent sur de nombreux tournages de l’émission Fort Boyard. Il a aussi embarqué des jeunes délinquants un peu partout. Il a assuré une mission humanitaire à Haïti en 1987. Il a aussi été bateau accompagnateur lors de plusieurs minitransats. Mais il a aussi embarqué des clients pour des sorties à la journée et particulièrement des personnes handicapées. Bref, NDDF n’a jamais cessé de parcourir les mers, que ce soit en France, en Europe, aux Antilles, dans l’océan Indien ou le Pacifique. Il a alterné voyages lointains et cabotage côtier, revenant toujours à La Rochelle pour de longues escales et des travaux d’entretien.

Avec La Rochelle comme port d’attache

Jean-Pierre, Pitchoune, Philippe et Fabien ont été des partenaires du musée dès le début, prêts à donner des coups de main quand ils étaient là et à participer à la vie du musée. En 1991, NDDF était sur la ligne de départ de la première Coupe des Deux Phares. Cette édition un peu spéciale est partie du Guilvinec, proche du phare d’Eckmühl avec une ligne d’arrivée entre le phare des Baleines et le remorqueur Saint-Gilles. Les éditions suivantes rallieront Douarnenez et La Rochelle.

Jean-Pierre a aussi toujours pu compter sur Patrick Schnepp pour le soutenir pendant les périodes de travaux. De gros chantiers ont pu être menés sur le bateau en restant sur le ponton du musée.

Malheureusement, Pitchoune nous a quittés en avril 2017.

Notre-Dame des Flots à quai
Travaux sur Notre-Dame des Flots, dans le bassin du musée, en 2011. Ph. Yves Gaubert

Et aujourd’hui ?

Jean-Pierre a cédé son bateau à son fils Fabien et à deux de ses amis d’école, Thomas Ruiz et Gaël Angst, Philippe restant copropriétaire. Pépo et sa compagne Claire sont partis naviguer sur un bateau moderne, plus petit et plus maniable, direction l’Amérique du Sud et la Patagonie.

Fabien et son équipe continuent les travaux d’entretien annuel et vont faire une saison de sorties à la journée tout en préparant les navigations plus lointaines prévues pour l’an prochain. Ainsi, 78 ans après sa construction, Notre-Dame des Flots, monument historique, est prêt à commencer une nouvelle vie avec un équipage renouvelé. Fabien a vécu toute sa jeunesse à bord et a une expérience hors pair de la navigation. Il est d’ailleurs skipper de Viola (12,75 m de coque), le plan Fife de 1908 quand il s’aligne dans les régates de yachts classiques en Atlantique et en Méditerranée.

Bon vent à Fabien et à ses copains !


*Yves Gaubert est journaliste honoraire, spécialisé dans le domaine maritime. Collaborateur du Marin, du Journal de la Marine Marchande, France Pêche, Cultures marines, Mer et Bateaux, Le Chasse Marée (de 1982 à 2010), Ami du musée, membre du conseil d’administration du musée de 1988 à 1998.