Publié le 14 septembre 2026

Jazz, belle plaisance et aventure rochelaise

Chaque année, fin août, les Rendez-vous de l’Erdre réunissent deux univers : un grand festival de musique et une descente de l’Erdre, de Nort-sur-Erdre à Nantes, réservée à la « Belle plaisance ».

Cette année, les Amis du Musée maritime de La Rochelle étaient particulièrement bien représentés : 19 participants et 9 unités — 3 Snipe, 2 Caneton 57, un Flibustier, un Zef, un Vaurien et le petit canot à moteur Rocca — au milieu d’une flottille de 168 bateaux.

Bénédicte Dunoyer, embarquée à bord du Snipe Dolce Vita, et Michel Hontarrède, qui accompagnait la flottille appareil photo en main, nous livrent deux regards complémentaires sur cette aventure.


Une épopée sur l’eau inoubliable

Le récit de Bénédicte Dunoyer, à bord de Dolce Vita

Embarquer pour les Rendez-vous de l’Erdre, c’est bien plus que prendre le large : c’est s’offrir une parenthèse hors du temps… et une aventure que l’on n’oublie pas.

Cette année encore, la flottille était spectaculaire : 168 bateaux de tous types, réunis autour d’une même destination, Nantes.

De notre côté, l’aventure s’est écrite à 19, répartis sur 9 bateaux. Une véritable petite flottille amicale, portée par l’amitié, l’entraide, les manœuvres parfois audacieuses… et quelques sueurs froides !

Car sur l’Erdre, on apprend vite que la nature garde toujours le dernier mot.

Quand l’Erdre décide du programme…

La météo s’en est d’ailleurs donné à cœur joie : calme plat, où les rames devenaient indispensables, averses généreuses, rafales de vent venues tester notre maîtrise des éléments… mais aussi de belles éclaircies et quelques précieux rayons de soleil.

Entre les amarrages, les passages à la gîte sous les ponts, les remorquages et même les démâtages, chaque instant demandait concentration, coordination et audace.

Chaque équipage avait son rythme, ses petites victoires, ses défis et parfois ses moments de doute. Mais tous avançaient avec la même envie : naviguer, s’amuser, s’entraider et ramener son embarcation à bon port, si possible sans trop de dommages !

Dans chaque port, les groupes de jazz donnaient le tempo. La musique, les rires et les applaudissements accompagnaient notre navigation, tandis que nos manœuvres offraient à leur tour un joli spectacle aux visiteurs venus admirer les bateaux et écouter les musiciens.

Et puis… Nantes.

Même si nous avons regretté d’entrer dans Nantes démâtés et en remorque, l’arrivée dans la ville fut tout simplement magique.

Le spectacle était partout : sur l’eau, bien sûr, mais aussi sur les quais, où une foule immense s’était massée le long des berges et sur les ponts pour nous accueillir.

Des sourires, des cris, de la musique, des applaudissements… comme une immense standing ovation pour cette flottille venue de l’Erdre.

À cet instant précis, la fatigue s’est envolée, laissant place à cette émotion difficile à décrire, lorsque l’on réalise que l’on vient de vivre quelque chose de vraiment spécial.

Faire naviguer notre patrimoine

Les Rendez-vous de l’Erdre, au fond, c’est une magnifique aventure humaine et nautique, faite de rires, d’émotions, de défis, de solidarité et de moments précieux.

C’est apprendre à composer avec les caprices du temps, à s’adapter, à compter les uns sur les autres, à rire des imprévus et, surtout, à savourer chaque instant.

Mais c’est aussi une formidable occasion de représenter fièrement notre association et de faire naviguer les bateaux que nous avons à cœur de restaurer et de préserver.

Prendre la barre de ces bateaux restaurés avec tant de soin, c’est faire vivre un patrimoine, le partager et en être fiers.

C’est aussi donner du sens à tout le travail accompli pendant l’année et le montrer, le temps d’un week-end.

Et c’est avec cette fierté que nous avons représenté notre association sur l’Erdre, heureux de partager avec le public, les autres équipages et nos amis cette passion qui nous rassemble.

Une fierté renforcée cette année par deux distinctions décernées à notre association : l’une pour le Snipe Dolce Vita, l’autre pour la remarquable restauration du canot Rocca Stern.

Le Snipe Dolce Vita
Le canot Rocca Stern

S’il fallait retenir une seule chose de cette formidable aventure ?

Les Amis ont déjà hâte de larguer les amarres et de repartir à l’aventure !

Bénédicte Dunoyer

Pendant ce temps, sur les berges…

Bénédicte vivait les Rendez-vous à bord de Dolce Vita. Michel Hontarrède, lui, accompagnait la flottille, appareil photo en main.

Un autre point de vue sur les mêmes Rendez-vous : celui du photographe qui observe les bateaux et leurs équipages, mais aussi le paysage, le public et la fête qui les entourent.

Le trou de souris

Venu pour faire quelques photos, j’arrive à temps le vendredi 28 août pour voir les différentes unités défiler sous le pont de Sucé-sur-Erdre.

À cet endroit, la rivière est très étroite et le pont routier qui l’enjambe a un tirant d’air de 6,18 m. C’est le pont le plus bas avant l’arrivée à Nantes. Ce n’est pas pour rien que le passage a été surnommé le « Trou de souris ».

Si les voiles-aviron et les unités à moteur passent fièrement devant le public nombreux, massé sur les quais, les voiliers, même les plus petits comme le Zef ou le Vaurien, doivent démâter… ou tenter le passage à la gîte.

Une manœuvre plutôt insolite

Le démâtage, puis le remâtage après le pont, est plutôt laborieux après une journée de navigation.

Reste donc la seconde solution : tenter le passage à la gîte, une manœuvre totalement insolite pour nos équipages rochelais habitués à naviguer en mer.

Depuis un Zodiac à couple du dériveur, l’un des équipiers tire sur les haubans pour faire gîter le voilier, réduisant ainsi suffisamment la hauteur du mât pour passer sous l’arche en pierres.

Spectaculaire.

Mais les bateaux accompagnateurs sont rodés à la manœuvre, et tous passent sans accrochage.

Le « Trou de souris » à Sucé-sur-Erdre : faire gîter le voilier pour réduire la hauteur du mât et se glisser sous l’arche. Une manœuvre inhabituelle pour des équipages rochelais !

30 nœuds annoncés

Le lendemain, si l’ambiance parmi les participants et les organisateurs est toujours à la bonne humeur, du côté de la météo, ça s’est un peu gâté : pluie, bruine, vent soutenu et très irrégulier, comme il se doit en rivière.

Au briefing, Cécile, la responsable pour la partie navigation, a prévenu : des rafales à 30 nœuds sont annoncées.

Après la journée d’hier, déjà fatigante, on note quelques défections. Plutôt que risquer la casse ou le chavirage — rappelons que certaines unités engagées sont classées Monument historique — certains choisissent le remorquage.

Mais pourquoi le jazz ?

Le long de l’Erdre, chaque commune ou presque a un club nautique prêt à accueillir les participants pour un café, un repas, un « goûter »… et toujours en musique.

Car les Rendez-vous de l’Erdre sont aussi un grand festival : du 24 au 30 août, 325 musiciens professionnels et 160 amateurs, 110 concerts sur 20 scènes réparties dans 14 communes.

Loïc Breteau, directeur général de l’ACE (Association culturelle de l’été), me raconte que les Rendez-vous de l’Erdre sont issus d’un petit festival de musique de trois jours créé en 1987 pour inaugurer l’ouverture du parc de l’île de Versailles à Nantes.

Devant son succès, l’événement fut reconduit. En 1989, une nouvelle impulsion lui fut donnée en associant à la fête les villes de l’Erdre, avec l’ambition de valoriser la rivière.

Les fondements des Rendez-vous que nous connaissons aujourd’hui étaient posés : un festival gratuit et accessible à tous, le jazz et la valorisation du patrimoine nautique.

Et pourquoi précisément le jazz ? Arrivé en France lors de la Première Guerre mondiale avec le débarquement des troupes américaines dans les ports de l’Ouest — Brest, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux —, il a une longue histoire dans la région. Il se dit même que le premier concert de jazz aurait eu lieu à Nantes en février 1918.

Et la fête gagne les quais

L’impression de vivre un bel événement, joyeux et festif, se confirme au fur et à mesure de notre progression.

Le public est de plus en plus nombreux, d’abord sur les terrasses des belles demeures au bord de l’Erdre, puis sur les ponts, sur les péniches résidentielles et sur les quais.

Après le retour du soleil dans l’après-midi, la soirée s’annonce très douce.

Sur les quais du bassin Ceineray, en cœur de ville, c’est la foule. À croire que tout Nantes est venu boire un coup, pique-niquer, flâner, écouter la musique…

et admirer la flottille illuminée.

Michel Hontarrède